"Les jeunes issus des quartiers"...
" Quand on voit ce qui se passe dans les quartiers"...
Etc... Etc...
Il m'est, personnellement, de plus en plus insupportable de
constater que la terminologie Française devient peu à peu aussi
dégradée que les entrées de villes, parasitées par les mêmes
enseignes, les mêmes murs de panneaux publicitaires et les mêmes
grandes surfaces...
Que je sache, le mot "quartier" ne désignait pas naguère des
zones glauques, des secteurs de non droit, où fleurissent dans
l'ombre des cages d'escaliers, des cachettes de drogue ou d'armes
diverses, tenues par des caïds, des dealers ou autres casseurs...
Et pourtant, progressivement, le mot "quartier" est devenu péjoratif !
Insensiblement, nous sommes passés, principalement à cause du
language avide de simplification extrème des médias, de "zones
sensibles" à "quartiers sensibles" pour en arriver aujourd'hui à
l'usage banalisé de "quartiers" tout court, pour signifier quartier
dangereux ou, sans langue de bois, quartiers infréquentables !
Le célèbre Magasin de la Madeleine à Paris va-t-il devoir changer
de nom et passer de "Les 3 quartiers" à "Les 3 zones franches" ?
PLUS DE DROIT DE CITE...

Villa Poissonnière 18è, où habitait Bashung
Trop c'est trop ! On nous a déjà privés de la poésie et de la beauté du
mot "cité", devenu, lui aussi, synonyme de "cité HLM", dés le début
des années 80 et on est en passe d'être privés aujourd'hui de la
signification et de l'étendue de nos quartiers...
Nivellement par le bas, quand tu nous tiens !
Alors, à qui la faute ?
Au rap, élevé par certains "bobos" de gauche plus ou moins
"caviardisée" au rang d'une institution intouchable, véhicule de
la pensée populaire profonde, issue du Bronx pour s'établir
durablement en Seine Saint Denis et essaimer partout sur la
planète ?
Au "phénomène tag", lui aussi soutenu, par ces mêmes "bobos",
qui sont pourtant les premiers-et on les comprend-, à téléphoner
aux brigades anti-graffiti, dés que les murs blancs de leurs lofts
ont été souillés par ces "nouveaux artistes urbains, témoins de
leur temps" ?
Ou, plus simplement et plus sournoisement au "baissage de bras"
collectif, face à ces rouleaux compresseurs devenus politiquement
corrects dans le sillage des petites mains de "touche pas à mon
pote" dont je ne suis pas sûr que Harlem ait vraiment été le siège
de leur réel Désir...
AUX LARMES, CITOYENS !
Je sais que j'exagère-peut-être-, mais avant de pleurer définitivement
sur la mort de nombre de nos mots familiers, usés, banalisés et
avilis par la culture du "suburb fashion" (mode de la banlieue), il faut
ré-a-gir. Et pour commencer, refuser d'employer bêtement les mots
dépourvus du sens de leur racine et, au besoin, faire remarquer à
leurs utilisateurs, qu'ils n'ont pas lieu d'être prononcés.
Quand on nous parle des jeunes des quartiers, il faut répondre:
De quels quartiers parlez-vous ? Du quartier de la madeleine, du
Boulevard Saint-Germain, de Passy, de la Goutte d'or ou des
lotissements de la Courneuve ?
C'est provoc ? tant mieux. Répondre à la banalisation et à
l'apauvrissement des expressions par une certaine provocation
pourrait amener les responsables de cet état de fait à une prise de
conscience, sans laquelle nous allons perdre-si ce n'est déjà
entièrement fait- le sens de beaucoup de mots de la langue
française...
Un combat d'arrière garde ? Non. Plutôt une résistance au sens
plein du mot. D'accord, la langue évolue. D'accord, les mots
prennent ou perdent du poids au fil des décennies, mais quand
la pente est toujours pointée vers le bas, il y a lieu de tout faire
pour la remonter. Un dernier sursaut avant l'issue fatale ?
Peut-être, mais, c'est aujourd'hui qu'il faut redresser la barre.
Galvaudés, les mots perdent leur poids et leur aura au point de ne
plus rien dire du tout.
A force de mettre le mot "star" à toutes les sauces, pour qualifier
le plus insignifiant des Présentateurs ou le plus pâlot des Chanteurs,
on a fait tomber bien bas Marlène Dietritch ou Gréta Garbo !
Littérallement, une star, ça brille et c'est inaccessible. Cherchez
l'erreur !
S'il parait que: "Aux grands maux, les grands remèdes", qui
inventera la potion magique pour que nos grands mots puissent
enfin trouver les leurs ?...
par Renaud SIRY
Délégué Départemental Génération Ecologie Paris
Membre de l'Alliance Ecologiste Indépendante